Faire un joint silicone dans la salle de bain : technique pas à pas
Un joint en silicone qui noircit ou se décolle dans la salle de bain, c’est rarement juste une question d’esthétique. C’est aussi la première étape avant les infiltrations d’eau dans la cloison, les moisissures derrière le carrelage, et à terme la détérioration du support. Selon une étude de la Fédération Française du Bâtiment publiée en 2023, 38 % des sinistres infiltrations salle de bain commencent par une détérioration des joints sanitaires.
Refaire un joint silicone est l’un des bricolages les plus rentables à maîtriser : 8 à 15 € de matériel, 45 minutes de travail, contre 80-150 € pour faire venir un artisan. La technique demande du soin mais aucun savoir-faire spécifique. Voici la méthode pas à pas pour obtenir un joint blanc, droit, étanche, qui tient 8 à 10 ans.
Quand faut-il refaire un joint silicone
Cinq signes qu’un joint est en fin de vie.
Le joint est devenu noir ou gris foncé par endroits. Ce n’est pas seulement de la saleté : c’est une colonisation par des moisissures (Aspergillus niger et Cladosporium principalement) qui ont pénétré la masse du silicone. Aucun produit de nettoyage ne récupère un joint à ce stade.
Le joint se décolle du carrelage ou de la céramique sur quelques centimètres. La continuité de l’étanchéité est rompue.
Le joint est fendillé ou s’est rétracté. Symptôme d’un silicone qui a seché et perdu son élasticité. Apparait généralement au bout de 8 à 12 ans selon la qualité initiale.
Le joint est devenu jaunâtre. Spécifique aux silicones bas de gamme contenant des solvants. La couleur signe le début de la dégradation chimique.
De l’eau passe derrière. Symptome le plus grave : tache d’humidité sur la cloison, traces de calcaire qui apparaissent à des endroits inhabituels, parfois moisissure au plafond de la pièce du dessous.
Une fréquence raisonnable de remplacement, en zone humide : tous les 5 à 8 ans pour les joints baignoire/douche, tous les 8 à 12 ans pour les joints autour des lavabos et éviers.
Quel silicone choisir
Trois catégories de silicone se partagent le rayon Castorama et Leroy Merlin.
Silicone acetique (acide acétique). Odeur de vinaigre à l’application. Tarif : 4 à 7 € la cartouche 280 ml. Tient bien sur verre, céramique et carrelage. À éviter sur métal (corrosion), béton (mauvaise adhérence) et marbre (taches définitives). Marques : Sika Sikasil Sanitaire, Rubson Tout en Un.
Silicone neutre (oxime ou alkoxy). Sans odeur, plus moderne. Tarif : 8 à 14 € la cartouche. Compatible avec tous les supports y compris métal et marbre. Résistance moisissure améliorée (additifs fongicides). C’est le choix recommandé en 2026 pour la salle de bain. Marques : Soudal Fix All, Bostik SimSon ISR.
Silicone hybride MS Polymère. Tarif : 12 à 22 € la cartouche. Très flexible, élastique 30 % plus que les silicones classiques. Idea pour les joints baignoire où le sanitaire bouge légèrement sous le poids. Marques : Sika SikaBond AT Universal, Soudal Soudaseal.
Pour 90 % des cas en salle de bain, un silicone neutre à 10-14 € est le bon compromis qualité-prix. Évitez les cartouches premier prix à 3-4 € qui sechent vite et noircissent en 18 mois.
Le matériel complet à réunir
Six outils et consommables pour un travail propre.
Une cartouche de silicone 280 ml. Une seule cartouche couvre environ 12 mètres linéaires de joint largeur 5 mm.
Un pistolet à cartouche. Le modèle manuel basique à 10-18 € (Stanley FatMax, Wolfcraft) suffit. Pour les utilisateurs réguliers, le pistolet pneumatique à cliquets à 25-45 € donne un débit plus précis.
Un cutter pour la coupe de la canule.
Du ruban de masquage qualité pro (3M ScotchBlue, FrogTape) 19 ou 25 mm de large. Le scotch peinture classique à 2 € laisse souvent des résidus de colle.
Un lisseur de joint en plastique. Modèle universel 5-8 € chez Leroy Merlin. Un doigt mouillé au liquide vaisselle peut faire l’affaire en dépannage mais le résultat est moins régulier.
Un chiffon microfibre et un solvant nettoyant joint silicone (Sika Cleaner 205, Rubson Solvant Joint) à 8-12 € pour préparer le support après retrait de l’ancien joint.
Optionnel mais utile : un enlève-joint à lame courbe (5-12 €) qui accélère le retrait du vieux silicone, ou un gel solvant Sika Remover Sealant qui ramollit le silicone en 30 minutes.
Étape 1 : retirer l’ancien joint

C’est l’étape la plus longue (15-25 minutes) mais elle conditionne la réussite du nouveau joint. Sauter cette étape ou la bâcler garantit un décollement rapide.
Commencez par découper le vieux silicone en son milieu avec le cutter. Tracez une ligne le long du joint sur toute sa longueur. Avec l’enlève-joint (ou un autre cutter), entaillez chaque côté du joint pour le désolidariser du support.
Le joint se retire alors en grandes bandes en tirant doucement. Si l’ancien silicone résiste fortement, appliquez le gel solvant, laissez agir 30 minutes, retentez. Les résidus de silicone fortement collé partiront avec un grattoir plastique ou un doigt enrobé de chiffon imbibé de solvant.
Une fois le gros du joint enlevé, passez au nettoyage approfondi. Le moindre résidu de silicone empechera le nouveau joint d’adhérer correctement. Frottez avec un chiffon imbibé de Sika Cleaner 205 ou d’alcool isopropylique à 99°. Séchez parfaitement avant de continuer.
Vérifiez l’état du support sous le joint retiré. Si vous trouvez de la moisissure noire, traitez avec un mélange 50/50 vinaigre blanc et eau, laissez agir 10 minutes, rincez, séchez. Dans les cas sévères, un produit anti-moisissure type Mellerud BMK ou Sanytol Salle de Bain est plus efficace.
Étape 2 : préparer le ruban de masquage

C’est l’astuce qui fait toute la différence entre un joint amateur et un joint pro.
Posez deux bandes de ruban de masquage parallèles au futur joint, l’une sur chaque côté. L’espace entre les deux bandes correspondra à la largeur du joint fini. Pour un joint baignoire/douche standard : 6-8 mm. Pour un joint lavabo plus fin : 4-5 mm. Pour un joint plinthe : 8-10 mm.
Veillez à ce que les deux bandes soient parfaitement parallèles et alignees sur toute la longueur. Une bande mal posée donne un joint qui ondule. C’est l’étape où la précision paie le plus.
Le ruban empechera le silicone de baver sur les surfaces adjacentes et donnera deux arêtes parfaitement nettes au joint après lissage.
Étape 3 : préparer la cartouche
Coupez la pointe en plastique de la cartouche avec le cutter, en biais à 45 degrés. La taille de l’orifice détermine la largeur du joint déposé.
Règle pratique : couper l’orifice légèrement plus petit que la largeur recherchée du joint. Si l’orifice fait 6 mm, le joint sortira en bande de 8-10 mm une fois posé et lissé. Commencez petit : vous pouvez toujours agrandir l’orifice, jamais le réduire.
Insérez la cartouche dans le pistolet. Pour les pistolets manuels à cliquets, actionnez la détente 2-3 fois pour amorcer la pression. Le silicone doit commencer à sortir uniformément au bout de la canule.
Étape 4 : appliquer le silicone

Tenez le pistolet à 45 degrés par rapport au support. La canule est dirigée dans le sens du déplacement, pas l’inverse. Appuyez sur la détente avec une pression régulière et avancez d’un mouvement continu, sans à-coup, en cherchant une vitesse de 3-5 cm par seconde.
Le silicone doit former une bande régulière dans l’espace préparé entre les rubans de masquage. Visez légèrement plus de matière que nécessaire (l’excédent sera lisse pour combler).
Si vous devez vous arrêter en cours de joint (changement de cartouche, téléphone, etc.), arrêtez-vous sur un angle ou un coin : les jonctions sont plus discrètes là qu’au milieu d’une ligne droite.
Étape 5 : lisser le joint

Dans les 5 minutes après la pose (avant que le silicone ne commence à pelliculer), passez le lisseur en plastique sur le joint en exerçant une pression constante. Le mouvement doit être fluide, continu, d’une extrémité à l’autre du joint, sans s’arrêter au milieu.
L’excédent de silicone s’accumule sur la lame du lisseur. Essuyez régulièrement avec le chiffon microfibre pour ne pas reposer ce surplus sur le joint.
Pour un fini optimal : humidifiez légèrement le lisseur avec de l’eau savonneuse (liquide vaisselle dilué). Le silicone glisse mieux sans coller au lisseur. Attention à ne pas trop mouiller : trop d’eau fragilise l’adhérence du silicone à long terme.
Étape 6 : retirer le ruban de masquage

C’est l’étape qui parfait le travail. Retirez le ruban immédiatement après le lissage, dans les 5 minutes maximum, avant que le silicone ne durcisse.
Tirez d’un mouvement régulier, en angle plutôt qu’à 90 degrés, pour éviter d’arracher le silicone. Le résultat : deux arêtes parfaitement nettes, une bande de silicone de largeur constante, un fini quasi-professionnel.
Si quelques petites bavures persistent en bord de joint, un coton-tige humide d’eau savonneuse les nettoie facilement dans les 10 premières minutes.
Séchage et premier usage
Le silicone est sec au toucher en 15-30 minutes mais n’atteint sa dureté et son étanchéité finale qu’après 24 heures de cure. Pendant ce temps, évitez tout contact avec l’eau.
Sur une baignoire ou douche, attendez impérativement 24h avant le premier bain ou la première douche. Sur un lavabo classique, sur pied ou une vasque compacte en WC séparé, 4-6h de sechage suffisent généralement avant un usage léger.
L’adherence finale s’améliore pendant 7 jours supplémentaires. Évitez les nettoyages aggressifs et les produits acides pendant cette période.
Les erreurs à ne pas faire
Six pièges classiques.
Négliger la préparation du support. Laisser des résidus de l’ancien silicone ou des dépôts gras empêche l’adhérence. Le joint décollera en quelques mois.
Ne pas masquer avec du ruban. Le résultat final est toujours moins régulier, même pour un bricoleur expérimenté.
Couper la canule trop large. Le surplus de silicone à lisser devient incontrôlable et le joint final est trop épais, peu esthétique.
Lisser trop tard. Après 7-10 minutes, le silicone pelle et le lissage devient impossible. Le joint conserve les traces du dépôt initial.
Laisser le ruban trop longtemps. Si vous attendez plus de 20 minutes, le ruban arrache une partie du silicone en partant. Retrait immédiat après lissage.
Choisir un silicone bas de gamme. Les cartouches à 3-4 € n’ont pas l’additif fongicide qui prévient les moisissures, et perdent leur élasticité en 2-3 ans. La différence avec un silicone premium est de 8-10 €, pour une durée de vie multipliée par 3.
Cas particuliers
Trois situations qui demandent une approche spécifique.
Joint baignoire qui bouge. Si la baignoire fléchit légèrement sous le poids d’un adulte, le joint silicone classique craquera vite. Solution : remplir la baignoire d’eau avant de poser le joint. Le poids fait fléchir la baignoire à sa position max. Après sechage, lorsque la baignoire se relève une fois vidange, le joint reste suffisamment élastique pour absorber les variations.
Joint sur un matériau poreux (pierre naturelle, marbre brut, ciment non scellé). Le silicone n’adhère pas bien et tache parfois le support. Appliquer d’abord un primaire d’accrochage (Sika Aktivator 205) puis utiliser un silicone neutre uniquement.
Joint entre deux surfaces mobiles (paroi de douche encastrée avec rail). Le silicone classique ne supporte pas la mobilité répétée. Utiliser un silicone hybride MS Polymère ou prévoir un remplacement plus fréquent (2-3 ans).
Avec ces précautions, un joint silicone bien fait reste étanche 8 à 10 ans sans intervention. C’est l’un des meilleurs ratios qualité-prix-effort de l’entretien domestique.